On a beau se préparer au pire, on y sera jamais préparé...
On a beau imaginer la fin, elle n'en sera que plus pénible et encore bien plus après ce que l'on vient de vivre!
Un lundi banal, un lundi heureux où notre famille s'apprête à rentrer chez elle, mais aussi un lundi de doutes et de peur causés par une fièvre très élevée, a fait basculé mon quotidien et m'a fait passé de la maman cool à une maman tendue, inquiète et au bord du gouffre.
Rendez-vous aux urgences où Adeline subit pour la enième fois les coups brutaux d'une seringue trop connue...
Et où maman assiste toujours aussi impuissante à un diagnostic toujours plus dur à supporter comme chaque infection est plus terrible et plus difficile à traiter...
Voilà le train train mensuel qui recommence: bio, analyse d'urines, radio, cathé, ... et atterrissage au 2ème où une equipe toujours aussi charmante nous accueille... mais où le box tant redouté nous ouvre ses bras..............
Jour après jour maman s'occupe de son bébé avec une angoisse monstrueuse, cette angoisse que lui renvoit la vue de son bébé fragile et si fort s'en aller chaque jour un peu plus....
Je prends conscience que rien n'est pareil et qu'Adeline s'affaiblit, le klebsiella pneumoniae qui l'attaque la rend littéralement immobile et rend maman extrêmement triste malgré l'entourage des proches et l'encadrement des infirmiers, des stagiaires, et des médecins.
Enfin une chambre particulière se libère et Adeline et maman retrouve une intimité chère et tant demandée!
Mais si Adeline semble un peu mieux et si l'augmentin l'aide à guérir.... un foutu pseudomonas se développe déjà dans ses urines. Et oui, les reins malformés de ma toute belle formeune barrière bien médiocre contre tous ces germes que je déteste et que je redoute tant!!!
Samedi matin, Adeline est au plus mal! Elle n'a pas l'air de se battre et dort continuellement sans preter attention aux médecins, aux infirmiers et à MOI. Je me sens si perdue et j'ai bien conscience que la situation est grave. Un de nos pédiatres nous rend visite et me montre impuissant son desarroi, rien ne semble possible et Adeline décline. Il me parle de ce dont on a déjà parlé à St Luc 7 mois plus tôt...
"On est bien d'accord madame? Pas de reanimation, on ne l'intube pas?"
Je confirme en pleurs "non, on est bien d'accord! Pas de souffrance pour Adeline"
Je m effronde en entendant ce que je redoutais, la fin s'approche et Adeline va me quitter
"Cela peut être aujourd'hui, demain, dans un mois ou 3, on ne sait pas"
Et me carressant le dos il me passe un message plein de tristesse et d'émotion!
La détresse respiratoire que je m'imagine depuis des mois est bien proche et il me rassure en me disant que des derives de morphines l'aideront à ne pas souffir!
Me voilà seule dans la chambre, effondrée, impuissante, ne voulant pas perdre cet être qui m'est si cher et que j'ai décidé de dorlotter depuis 8 mois, ce pêtit être qui j'ai porté plus de 8 mois, que j'ai senti vivre en moi et que je dois laisser partir.... Que j'aime par dessus tout!
C'est tellement dur que revivre ceci avec vous en vous le communiquant me fait pleurer à chaudes larmes....
Adeline va mourir et je dois annoncer cela à son papa et à nos proches...
Je téléphone sans pouvoir m'exprimer vraiment tellement la douleur est immense mais tout le monde a compris que notre vie est sur le point de basculer...
Alex et moi passons un weekend auprès d'elle, Elise et Guillaume le partage avec mon frère et Sandrine.
Les veines ne sont plus bonnes et aucun cathé ne peut etre posé. De plus, l anesthesiste refuse de poser une voie vu son état alarmant... Je desespere mais merci au docteur Bocquet qui a finalement su trouver la veine tant recherchée.
Chaque personne qui vient dire au revoir à mon enfant me rend plus vulnérable et plus sensible à cette colère et cette souffrance qui me rongent.
Pourquoi? Pourquoi? Et Pourquoi maintenant... 2ans c est dejà tellement peu et pourquoi doit-elle me quitter après seulement qques mois???
Je la serre, la nourris à la pompe, m'en occupe tant bien que mal pour qu'elle sente mon amour.... et non pas ma tristesse
Et peut-être qu'elle a senti tout cela car lundi Adeline est rayonnante, elle sourit, râle de faim et c'est stupéfait que notre autre pédiatre l'admire buvant un biberon dans mes bras...
Je reprends des forces, du courage mais je suis consciente que j'ai cotoyé la mort de près et je sais aujourd'hui ce que je m'apprête à vivre à court ou moyen terme.
Je sais ce que j'ai ressenti et Adeline est vraiment passée à 2 doigts de la mort.
Ma petite battante, malgré mon autorisation de partir, a decidé de se battre! Elle veut encore nous donner de l amour et du bonheur!!!!
JE SUIS TELLEMENT FIERE D ELLE!!!! J'ai mis au monde la plus forte des merveilles et je l'aime à en mourir. Je donnerais ma vie pour elle mais c'est impossible et Guillaume et Elise ont encore besoin de moi!
Une chose est sure: j'ai grandi ce weekend car aujourd'hui j'ai encore plus conscience de la chance que j'ai de pouvoir la serrer contre moi, et d'avoir 3 autres merveilleux amours à mes côtés....
Je remercie tout particulièrement CHRISTIAN pour ses paroles touchantes qui ont enfin permis à Alex de craquer un peu, Les étudiantes de 4ème année pédiatriqes: Céline, Virginie et Anaïs pour l'encadrement et l'attention portée à ma puce. Elle n'est jamais restée bien longtemps seule pendant mes absences... Mais aussi, Stéphanie, Lucas, Amélie, Bernadette, Mélanie, Anne, Sira, Yves et j'en passe. Merci aussi à Véronique, Cristelle, Marie-France, Laurence et toutes celles du centre néonat qui nous ont soutenus par leurs pensées et leurs messages